27 février 2010

Chevaucher le Tigre et accueillir le dragon


meikoAssise depuis de nombreuses heures déjà, Meïko respirait souplement dans l’attitude d’esprit que son maître d’art martial qualifiait de « fine fleur de la présence ». Cet état d’esprit fertile consistait à entraîner l’attention afin qu’elle se dirige simultanément vers les diverses perceptions à la fois internes et externes, sans rigidité, en laissant librement le ki aller et venir.

Alchimie du Tao. alone

Lorsqu’on aborde l’autre rive, lorsqu’on commence à se dégager des limbes de l’ignorance ordinaire, tout devient extraordinairement vivant et vibrant, pensa la jeune japonaise. Elle avait mûri depuis ces quelques années, elle assumait désormais sa vie avec responsabilité et efficacité. Et cela, sans trace, je veux dire, avec douceur et légèreté. Elle contemplait les nuages parfois lourds et noirs qui traversaient son ciel et ne leur accordait plus du tout la même importance. A un moment ou à un autre, ils finissaient toujours par disparaître.

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katanaMeiko plongeait avec ravissement au tréfonds d’elle-même, et l’absence, le vide qui l’entourait peu à peu, la pénétrait à la manière de cette pluie fine qui la trempait jusqu’aux os lorsque petite, elle rentrait après la classe, son ombrelle sous le bras.

La vie est pleine de surprise, remplie de moments simples mais merveilleux.  Une belle rencontre et quelque chose de mystérieux apparaît, on se sent en communion, et transporté à la fois. Et si l’on reste alors « sans objet », l’expérience se transforme en joie subtile, une sorte de conscience-présence qui éveille notre être profond.

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taoMeiko, souriait, et l’univers entier lui répondait.

Les expériences douloureuses, elle le savait, pouvaient elles aussi se transmuter en multiples satori, élargissements de vue ou en prises de conscience salutaires. On assistait alors, à cette occasion, à leur dissolution, celle de nos crispations et de nos peurs. Spontanément, avec habileté, on pouvait même laisser se déliter l’angoisse, la souffrance, de leurs tristes oripeaux et ainsi capter la source vive et fraîche des origines de tout. Froide vacuité, insipide saveur, plaisir in-humain qui perce  l’âme et le cœur déchirant le voile qui masque le visage d’éternité.

Toute souffrance renforce l’ego, dit-on, en même temps qu’elle donne l’opportunité d’un lâcher-prise.

unionParadoxe.

Le maître, le maître véritable, « cœur profond » peut avoir le visage de l’ennemi (toute personne ou évènement) propice à élever les contrariétés révélatrices de notre rétrécissement d’être.

Le quotidien est un bon maître.

Comment se donner à lui, si ce n’est en se perdant de vue avec vigilance, en s’abandonnant. Rencontrer le moyeu de la roue, le centre de gravité qui, intègre les aléas du devenir.

Enraciner l’âme et le cœur dans la non-demeure. 

TigreDragon

Meiko, assouvie, souple et sans orgueil était en profond samadhi, elle chevauchait le tigre pour accueillir le dragon, suivant l'expression de son vieux maître.

Posté par Sunyata à 23:59 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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